Zéro déchets : 100 convaincus valent mieux que 10 000 indifférents

Le hasard m’a fait me trouver l’autre jour au rayon livres d’un hypermarché devant Zéro déchet 100 astuces pour alléger sa vie de Béa Johnson. Acheter ce déchet en puissance dans cette usine à déchets avait quelque chose d’une injonction paradoxale qui faillit m’y faire renoncer. Mais cette promesse d’allègement, dût-elle commencer par me lester de 200 grammes de papier, et m’imposer quelques heures de lecture, m’a décidée.

L’auteur  raconte avoir longuement hésité devant le même paradoxe et avoir fait le choix de publier ce livre car la quantité de déchets produite par lui serait plus que compensée par celle économisée du fait des nouvelles pratiques adoptées par ses lecteurs convaincus. Qu’on en juge : sa famille de 4 personnes est parvenue à réduire ses déchets à un litre par an.

Le livre commence sur une évocation de l’enfance provençale de l’auteure, Française vivant aux États-Unis, peut-être ajoutée dans la version française pour disposer le lecteur à croire faisable ce qu’elle va vous raconter, bien plus que si elle avait été américaine. On se voit bientôt prêt à renoncer à la machine à espresso voire aux biscuits bio à la framboise sous leurs absurdes sachets fraîcheur. N’est-ce pas un peu délirant, tout de même, de  baratter soi-même son beurre pour éviter le papier d’emballage ? Oui, et le reconnaître ajoute à la sympathie et à la crédibilité de Béa Johnson. Si elle est revenue à plus de bon sens, ce n’est qu’après que sa folle passion du zéro déchet l’a fait expérimenter les solutions les plus extrêmes. Non sans avoir également enquêté auprès de dizaines d’entreprises de recyclage de sa région pour savoir ce qu’il advient réellement des déchets qui leur sont confiés.

Zéro déchet n’est pas le premier livre de témoignage et sans doute n’est-il pas particulièrement remarquable dans son genre. Mais la manière dont il excelle à convaincre sur un sujet sur lequel des dizaines de millions d’euros ont été dépensés en communication par l’État et les collectivités locales, avec des résultats assez contestables, retient l’attention.

Ce livre est là pour rappeler qu’un récit bien écrit implique cent fois plus son lecteur que la meilleure des campagnes. Certes on ne trouve pas tous les jours et sur n’importe quel sujet un auteur à l’expérience aussi riche que Béa Johnson. Mais un recueil de témoignages, le récit d’une enquête ou même une fiction, pourvu qu’ils respectent scrupuleusement le contrat de vérité implicite avec le lecteur, sont des alternatives intéressantes, qui mériteraient de figurer plus souvent dans les stratégies de communication.

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