Soif de sobriété

Comme vous sans doute, j’ai conscience de la nécessité de changer beaucoup de choses pour freiner la catastrophe climatique et écologique en cours.

Si elle a un rôle à jouer pour informer et inciter au changement, la communication est aussi un gigantesque secteur de l’économie qui croît de manière exponentielle, consomme de l’énergie et des ressources et pollue l’environnement.

C’est de l’encre et du papier, ce sont des milliards de milliards d’octets qui circulent sur des réseaux et sont stockés, pour ne pas dire mis en décharge, sur des serveurs très gourmands en énergie (entre autres).

Ce sont aussi des millions d’heures de travail, souvent consacrées à pinailler sur des détails dérisoires. Des millions d’heures, aussi, de « consommation de contenus » et de lutte épuisante et sans fin contre l’infobésité du monde.

Des millions d’heures perdues pour la vraie réflexion et pour l’action.

La sobriété est une éthique.

Réduire cette gabegie ? Certainement ! Mais devenir sobre ne consiste pas à réduire la consommation de ressources énergétiques et naturelles pour faire la même chose avec moins.

C’est faire remonter la sobriété dans l’échelle des valeurs de sorte à ce que faire sobre devienne faire mieux.

Pour les supports écrits, il y a trois qualités qui font rimer « sobre » avec « mieux » : utilité, simplicité, intérêt pour le lecteur.

Utilité
Combien de supports de communication produits par imitation sans considération des besoins stratégiques réels détournent des ressources qui seraient mieux utilisées autrement ? Demandons-nous quelles sont les priorités.

Simplicité
Combien d’énergie dilapidée collectivement à rendre les textes, le graphisme et les process de validation le plus compliqués possible ? La complexité fait perdre le sens du travail et épuise l’intelligence collective. Faire simple, au contraire, est une tâche ambitieuse.

Intérêt pour le lecteur
Le SEO et les réseaux sociaux font primer l’impératif de visibilité. La pente naturelle du marketing de contenu est le remplissage de contenants. Tout cela produit du bruit, à fort coût énergétique, et gaspille ce bien rare qu’est l’attention du lecteur. Donnons-lui des raisons de nous lire vraiment.

Une dernière chose : dans ces différents domaines, nous avons tous des progrès à faire, moi y compris. Ces règles sont à lire comme une ambition que j’espère partager avec vous.